
Les résultats des différents exemples peuvent révéler que l'enfant porté atteint d'un handicap grave.
La grossesse est alors complètement remise en cause. Devant la décision à prendre, le ciel tombe sur la tête des parents. Beaucoup n'ont qu'une envie, en finir au plus vite avec cette expérience.
Malgré ce sentiment, malgré l'influence possible de médecins ou de l'entourage, il faut bien prendre le temps d'y réfléchir, de prendre un peu de recul. Il est parfois préférable de prendre un jour de plus pour n'avoir aucun remord par la suite.
Même quand il est sûr que votre enfant ne sera pas viable, même si ce n'est pas facile dans l'état de choc dans lequel vous vous trouvez, il faut prendre son temps pour poser toutes les questions, cela limitera plus tard un éventuel sentiment de culpabilité car vous saurez que votre décision aura été réfléchie.
Il ne faut pas oublier que l'interruption médicale de grossesse n'est pas obligatoire. Sauf si la vie de la mère est en danger, vous pouvez continuer votre grossesse et mettre au monde votre enfant vivant, pour l'accompagner tout le long de sa courte vie...
L'interruption médicale de grossesse peut se pratiquer jusqu'à la fin de la grossesse, il n'y a pas de date limite, à moins que la vie de la maman ne soit mise en danger. Vous avez donc du temps devant vous pour vous préparer, profitez-en pour dire au revoir à votre enfant, le plus sereinement possible.
La trisomie 21 est l'exemple le plus connu ou l'interruption médicale est recommandée, alors qu'on sait qu'il est possible de vivre avec une trisomie.
Les parents ont parfois le sentiment qu'on leur propose de "tuer" leur enfant alors qu'il peut vivre. Les parents doivent alors prendre la décision qu'ils jugent la meilleure pour leur enfant mais aussi pour leur famille. Il est important de savoir si on se sent capable ou non de mettre au monde et d'élever surtout un enfant porteur d'un handicap particulier, car c'est toute la famille qui va être transformée.
- L'entretien pré-IMG (Interruption Médicale de Grossesse)
Cet entretien se déroule avec un médecin ou avec une sage femme. Cette consultation permet d'établir le déroulement de l'IMG, et vous permet de poser toutes vos questions, de vous exprimer, de dévoiler vos souhaits sur le déroulement et l'analgésie....
- La consultation pré-anesthésique
C'est une visite auprès d'un anesthésiste, suivie d'une prise de sang, pour avoir connaissance de vos antécédents médicaux et chirurgicaux, de vos allergies, et s'assurer que votre condition physique permet une éventuelle anesthésie générale. On vous proposera de bénéficier d'une péridurale, ou d'autres antalgiques, et on vous demandera si vous souhaitez être endormie (légère anesthésie générale) au moment de l'accouchement. Vous pouvez aussi décider de rester consciente. Vous avez toujours la possibilité de changer d'avis entre la consultation et l'accouchement
- L'hospitalisation et le déclenchement
L'hospitalisation, selon les établissements, peut avoir lieu dans le service de maternité, gynécologie, parfois encore ailleurs.
Tout débute avec la prise de la mifégyne (RU 486) sous le contrôle du médecin ou de la sage femme 36h avant l'hospitalisation. Ses composants font accélérer la maturité du col et provoquent des contractions utérines.
Le déclenchement peut débuter en chambre et finir en salle d'accouchement ou au bloc opératoire. Selon le terme et la maturité du col, le déclenchement va légèrement différer.
Par exemple, sur un col fermé et dur, la méthode utilisée sera de mettre des comprimés de cytotec en intra-vaginal (en général 3cp toutes les 3h), ce qui arrive davantage aux premiers et deuxièmes trimestres.
Quand on arrive au 3° trimestre, la maturité pulmonaire peut se faire plus aisément, et on passe à ce moment là directement à un déclenchement classique, avec de l'ocytocine (syntocinon) en perfusion, pour donner des contractions régulières et intenses pour faire évoluer le travail.
La césarienne est rarement utilisée, et ce afin de préserver l'utérus pour une grossesse ultérieure. La césarienne est un acte chirurgical et une IMG n'est pas un motif approprié.
On croit pourtant à tort que cela facilitera l'oubli de ce drame, alors qu'il n'en est rien, bien aau contraire. Le nier est bien plus grave.
Ce sont une ou plusieurs sages femmes qui s'occupent de vous tout le long du processus et du déclenchement, jusqu'à votre retour en chambre.
Vous pourrez être accompagnée par la personne de votre choix, qui pourra vous épauler, vous aider à traverser cette épreuve, elle sera d''un grand soutien.
Il peut se passer plusieurs heures entre la première prise de cytotec et l'accouchement. Dès que vous commencerez à avoir mal, on vous proposera un calmant ou la péridurale, selon votre choix.
- La mort du bébé
Elle se déroule en fonction du terme du bébé. Avant 24 semaines d'aménorrhées, le bébé naîtra mort à cause des contractions. Passé ce délai, il faut procéder avant le déclenchement et sous échographie , à une injection de médicaments pour arrêter le cœur du bébé sans souffrance .
- L'accouchement
Il a lieu en salle de naissance ou au bloc opératoire, avec la sage femme, le médecin, l'anesthésiste, si vous avez choisi d'être endormie.
Généralement, la dilatation du col est lente pendant quelques heures, puis d'un seul coup il s'ouvre presque entièrement et le bébé s'engage en même temps, d'où une certaine agitation autour de vous au moment de l'accouchement.
Une fois votre bébé sorti, il est tout de suite emmené hors de la salle ou vous vous trouvez. Il vous sera ramené plus tard si vous décidez de le voir : c'est à ce moment là que l'équipe médicale prend des photos de votre bébé.
On vous gardera ensuite 2 heures en surveillance pour veiller à votre douleur éventuelle et à d'éventuels saignements trop importants.
Passé ce délai, vous retournerez en chambre.
Afin d'éviter une montée de lait, on vous donnera du parlodel à partir de 15 semaines d'aménorrhées, 2cp par jour pendant 15j.
- Suivi psychologique : Il est indispensable, et il faut savoir laisser du temps aux parents qui viennent d'apprendre que leur enfant à naître est porteur d'une anomalie grave pour qu'ils se décident.
Une organisation très rapide de l'IMG, même si elle est souhaitée en 1§° intention, est souvent mal vécue à distance. Le soutien psychologique est d'abord assuré par l'équipe médicale au complet: médecins responsables, sages femmes, anesthésistes, personnel soignant, puis par des psychologues. Il est parfois refusé par la femme, mais il doit être proposé.
Il faut proposer et non pas imposer, aux parents, la présentation de l'enfant, lorsque le terme et l'aspect de son corps le permet.
L'enfant, de préférence prénommé, est habillé et est alors montré par une personne de l'équipe médicale.
Cela est sans doute discutable, mais permet aux parents de faire le deuil de l'enfant, surtout si celui ci a une malformation. Dans tous les cas, il faut demander au foetopathologiste de garder une photo de l'enfant, car parfois elle est réclamée à distance de l'accouchement.
- Formalités administratives : Les conditions de déclaration de l'enfant à l'état civil dépendent du terme. Cela est important, car il a été démontré que le travail de deuil des parents et de la famille était rendu encore plus difficile en l'absence de déclaration. Il peut être inscrit avec un acte d'enfant né sans vie s'il est mort après 22 semaines d'aménorrhées. Avant ce terme, il peut, dans certaines communes, être inscrit sur le registre des embryons tenu par la mairie. Les obsèques sont maintenant possibles quel que soit le terme.
- Examen foetopathologique : Cet examen fait partie de la prise en charge de l'IMG. Il redresse, complète, et parfois permet de porter le diagnostic.
Il faut le proposer de façon systématique en cas de malformation, lorsque le caryotype est normal ou en attente, même si le diagnostic est certain.
Le fœtus doit être transporté dans un labo de foetopathologie, dans de bonnes conditions de conservation, et peut être rendu aux parents pour inhumation après l'examen.
Cet examen est le seul moyen d'avoir un diagnostic certain, qui permettra de donner un pronostic fiable aux parents pour une future grossesse.
En cas de malformation potentiellement héréditaire ou de récurrence dans la famille, il faut conserver l'ADN du fœtus et des parents.
- La consultation post-IMG : Elle peut être faite par le médecin qui a réalisé l'IMG ou par le médecin traitant, mais doit répondre à l'attente des parents. Elle doit être effectuée lorsque le médecin est en possession du compte rendu de l'examen de foetopathologie et des examens réalisés lors de l'IMG.
Il faut avertir les parents que certains résultats comme le compte rendu de neuropathologie, peut n'être disponible que plusieurs mois après la réalisation de l'IMG.
Il ne faut pas hésiter à adresser les parents aux médecins les plus à même d'évaluer un risque de récidive (généticien), et rester très prudent sur ce risque quand le diagnostic est incertain.
Pour prendre en charge une Interruption Médicale de Grossesse, il faut pouvoir assurer :
- une information précise et complète
- des conditions techniques irréprochables
- un confort et une analgésie depuis le départ
- un soutien de toute l'équipe et de psychologues spécialisés
- un contrôle foetopathologique de qualité et conserver l'ADN si nécessaire
- un conseil génétique précis
Si une quelconque de ces conditions n'était pas assurée, il faudra alors confier la patiente à un centre spécialisé.
Article rédigé par Chrystelle, sage-femme intervenante Forum.
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